Devenir ingénieur agronome : un choix d’avenir face aux défis agricoles mondiaux

Un métier pour relever les défis agricoles et alimentaires du XXIe siècle
L’agronomie

En voulant devenir ingénieur agronome, vous avez choisi de relever un des grands défis agricoles et alimentaires du monde actuel et à venir. En effet, comme le disait Bruno PARMENTIER, « l’agriculture, que beaucoup considèrent désormais comme une activité ringarde, sera un défi furieusement moderne au XXIe siècle ».

Ce disant, j’aimerai justement partager avec vous quelques grands défis et enjeux agricoles d’aujourd’hui et de demain, pour que vous mesuriez davantage ce que signifie vouloir devenir ingénieur agronome.

Croissance démographique et pression sur les ressources agricoles

Le défi agricole et alimentaire se pose davantage avec acuité aujourd’hui et dans l’avenir quand on observe les dynamiques démographiques en cours. En effet, la terre comptait 2 milliards d’habitants en 1930 ; en 1974, elle en était au double ; 6 milliards en 1999 ; 7 milliards en 2011, et à l’horizon 2050 les prévisions des Nations Unies annoncent un chiffre de plus ou moins 9 milliards d’habitants. Cette dynamique est beaucoup plus forte dans les pays en développement ; l’Inde deviendrait le plus peuplé du globe avec 1,7 milliard d’habitants, devançant la Chine qui devrait entamer une phase de déclin démographique à partir de 2025 ; l’Afrique, où vit actuellement un milliard de personnes, pourrait compter entre 1,8 et 2,5 milliards d’habitants en 2050.

Transition alimentaire et nouvelles tensions sur les systèmes agricoles

La dynamique démographique s’accompagne et s’accompagnera davantage encore d’une transition alimentaire, c’est-à-dire le passage d’une ration alimentaire à base végétale à une ration où les calories d’origine animale s’accroissent, avec l’émergence des classes moyennes dans certains pays émergents comme l’Inde, la Chine, le Brésil et même en Afrique. Cette transition alimentaire va peser sur la donne alimentaire mondiale, notamment sur la production agricole, les prix, les terres, l’eau, l’élevage, la pêche, etc., mais aussi susciter des problématiques urbaines et l’exode rural, et autant au niveau des frontières démographiques avec l’immigration.

Changements climatiques et crises alimentaires mondiales

Il faudrait ajouter à ces problématiques les pressions climatiques et écologiques qui se précisent et qui porteront un coup néfaste sur l’agriculture.

Comme vous le savez sans doute, la crise alimentaire mondiale de 2007/2008 qui s’était traduite en ce qui a été appelé « émeutes de la faim » ici au Cameroun, a rappelé que la faim était toujours un véritable « fléau de l’humanité », mais aussi que l’agriculture sera un enjeu majeur de l’avenir. C’est dire que la sécurité alimentaire est redevenue « une question essentielle et d’une actualité brûlante ». Même si les statistiques sur la faim sont approximatives, elles montrent que la situation s’aggrave. En effet, chaque année, environ 15 millions d’hectares de terres cultivables sont perdus par l’extension des activités humaines (réseaux et infrastructures diverses, villes, habitat pavillonnaire…) ; 2 milliards de personnes sont affectées par la faim ; 10 millions en meurent chaque année ; toutes les six secondes, un enfant meurt de faim ; jour après jour 25 000 personnes décèdent des suites de la faim et de malnutrition ; 1 milliard de personnes (c’est-à-dire une personne sur sept) ne mangent pas à leur faim. Ainsi, « la faim et la malnutrition sont la première cause de décès au monde ».

La faim, un fléau persistant et meurtrier

En effet, la malnutrition constitue la cause directe ou indirecte de 35% des décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde, ce qui fait un chiffre de plus de 3 millions d’enfants chaque année. On estime ainsi à 923 millions le nombre de personnes qui souffrent de malnutrition chronique dans le monde, dont 95% se trouvent surtout en Afrique.

Les conséquences dramatiques du manque de nourriture

Vous savez aussi que le manque de nourriture entraîne : misère, surpopulation, chômage, délinquance, insécurité, émigration sauvage, épidémies, guerres, piraterie, extrémismes de tous bords, terrorisme, et elle fait payer à l’humanité le prix fort. C’est pour se mettre à l’abri de ce manque que de nombreux investisseurs étrangers ont accéléré l’acquisition par baux de longue durée ou par achat, de vastes surfaces agricoles sur le continent africain.

Une filière porteuse si l’on cultive la créativité

Vous percevez à partir de ces petites données que vous avez choisi une filière porteuse d’avenir et de débouchés si vous réveillez en vous l’esprit de créativité.

Des projets concrets à l’ICAB pour une formation pratique et entrepreneuriale

À notre niveau, nous allons engager plusieurs projets pour les pratiques agricoles dans toutes les spécialités. Il s’agit précisément de :

  • Réhabiliter la ferme à l’évêché de Bafoussam et la porcherie à l’ICAB ;
  • Faire un chronogramme des activités en fonction des saisons (pluie et saison sèche). Par exemple, en 1ère année, il faut que l’étudiant maîtrise la production de : pommes de terre, maïs, céréales, tubercules ; porcs, poulets, lapins (cuniculture). En saison sèche, tous sont dans l’élevage et en saison des pluies ils sont au champ.
  • Organiser les pratiques agricoles de telle sorte que tous les étudiants, sans distinction de spécialité, soient intéressés à la production agricole comme la production animale.
  • Insister sur l’entreprenariat de la 1ère à la 3ème année. Dans le même sens, insister pour que chaque étudiant qui sort de l’ICAB ait un catalogue de projets (au moins 10 projets) dans divers domaines par rapport à sa spécialité.

Zoom sur les activités pratiques en Production animale (PA)

  • Porcs
  • Volailles : faire les poules du village et les canards ici à l’ICAB ; faire les poulets de chair à l’évêché
  • Cuniculture
  • Poissons

Zoom sur les activités pratiques en Production végétale (PV)

  • Reconduire les cultures qui se font déjà : maïs, pommes de terre, chou, haricot, maraicher
  • Pépinière : PIF (banane plantain) et greffage (avocatier, agrumes, manguiers) et autres fruits (corossolier, etc.)
  • Bananeraie
L’agronomie : une science du terrain avant tout

L’agronomie est une science théorique et surtout pratique. C’est pour cela que nous mettons l’accent sur les pratiques agricoles ici ; elles sont intenses. Tout ceci c’est pour vous permettre d’être formés plus que quiconque et d’être des agronomes accomplis. Je veux ici interpeller ceux d’entre vous qui sont inscrits en agronomie et vont s’amuser avec les pratiques agricoles. Comme nous le disions à vos aînés, ces paresseux seront de piètres agronomes, ils seront nuls et il ne faut même pas leur donner ce beau titre. Nous allons les repérer et leur demander de changer d’orientation, car ils engagent la responsabilité de l’ICAB quand ils seront sur le terrain demain. Il y a un ingénieur agronome français très connu dans les années 80, René Dumont, qui avait écrit que l’Afrique Noire est mal partie, et l’une des choses qui l’y avait conduit est qu’il avait voyagé dans certains pays d’Afrique Noire et avait constaté que les ingénieurs agronomes étaient dans les bureaux, en veste et cravate. C’est pour dire qu’un agronome sérieux est un homme de terrain, toujours en tenue de champ.